Les Affranchis – Savonnerie de Grenoble

S’affranchir?: se libérer, se débarrasser. Quand Franck et Frédéric se rencontrent, ils travaillent dans la même entreprise grenobloise taille mammouth, l’un aux finances, l’autre à l’approvisionnement. Après un certain nombre d’années à ce régime, ils se retrouvent face au même mur. Et à l’image de nombreux “reconvertis” de leur génération, s’embarquent dans une quête de sens de laquelle ils ne ressortent pas indemnes… Unis par le désir de s’affranchir de leurs modes de consommation, les deux amis font ce constat?: en tant que consommateurs, nous sommes largement déresponsabilisés. Nous sommes pourtant tous capables de faire bien mieux, en nous questionnant et en nous réappropriant des savoirs ensevelis sous des années d’industrialisation. Retour au naturel, au bon sens et aux recettes de mamie?? Oh que oui?!

Prenons un besoin de base de l’être humain?: se laver. Incontournable, et si simple en apparence. Pourtant, avec quoi se lave-t-on dans les années 2010?? Principalement du gel douche, produit de synthèse qui mêle tensioactifs (agents moussants) et glycérine, ce afin d’imiter les propriétés du savon. Ce bon vieux savon, simple produit de l’émulsion de matières grasses avec un agent alcalin (soude, potasse), qui se fait désormais bien rare sur nos rebords de baignoire…

En 2016, Franck et Frédéric cherchent sans succès un produit dont la nécessité n’a d’égale que la simplicité : un véritable savon à l’huile d’olive bio. Qui n’existe pas. Voilà ce qui se fabrique à l’ère de la société de consommation :

– Le savon de Marseille. Des bondillons (résidus) d’huiles végétales sont mélangés avec de la soude et cuits au chaudron à très haute température plusieurs jours durant. La glycérine obtenue au cours du processus est retirée à grande eau. Sale coup pour l’imaginaire du savon à l’huile d’olive de Provence : même les plus marseillais des savonniers utilisent de l’huile de grignons d’olive, de palme et de palmiste. Jamais d’huile d’olive bio, beaucoup trop onéreuse pour la production industrielle. La cuisson au chaudron dénature de toute fa?on les propriétés des huiles. Elle donne aussi des savons très durs, qui assèchent la peau. C’est bien, mais plut?t pour la lessive…

– Des produits industriels que l’on nommera à regret “savons”, obtenus avec des huiles minérales dérivées du pétrole. Ce sont des produits de synthèse riches en conservateurs, colorants, parfums chimiques… Disponibles dans les grandes surfaces conventionnelles.

– Des savons bio, obtenus à partir d’huiles végétales peu onéreuses (palme, palmiste, grignons d’olive), chauffées fort et longtemps, auxquelles sont ajoutées des huiles essentielles. Ils font le job mais n’apportent rien.

– Des savons “artisanaux” réalisés à partir de bondillons de savon refondus, auxquels les fabricants ajoutent parfums et colorants de synthèse, parfois des huiles végétales pour cacher la misère. On les trouve sur de nombreux marchés…

– De rares savons saponifiés à froid, mis au point par des artisans passionnés. Ils sont peu nombreux et pour les identifier, il faut sacrément bien savoir lire les étiquettes?: les Affranchis sont de ceux-là?!

 

La saponification à froid

Inutile de prétendre réinventer ce que nos grand-mères savaient déjà. Les Affranchis ont trouvé la recette de la saponification à froid (SAF) sur internet. En émulsionnant une matière grasse chaude avec un composé basique (la soude pour un savon solide, la potasse pour un savon liquide), on obtient du savon et de la glycérine. Pas de secret : plus on chauffe, plus ?a va vite, plus les propriétés des huiles se détériorent. En SAF, on ne dépasse pas 45 °C.

Une fois l’émulsion terminée, on coule le savon dans un grand moule en bois et on le laisse refroidir. Il pourra ensuite être découpé et tamponné, puis mis à la cure pendant trois à quatre semaines. Pour du savon liquide, on découpe et on refait fondre jusqu’à obtenir la consistance souhaitée. Le tour de main et l’expérience permettent au fil du temps d’améliorer la qualité du produit. Franck et Frédéric ont démarré comme il se doit dans un garage, avec des marmites de cuisine. Puis ils ont investi un petit local, et plus tard un second, plus grand. Leurs cuves ont été réalisées sur mesure avec l’aide de chaudronniers. Ils n’embouteillent plus à l’entonnoir, mais avec une machine. Ils ne sont plus deux, mais neuf. Ils ne livrent plus à vélo, mais via un système malin fait de hubs et de caisses consignées, permettant de limiter la pollution générée par le transport.

 

100?% olive

La SAF est un procédé qui prend du temps et oblige les fabricants à rester à un niveau artisanal. Nécessitant peu d’énergie et peu d’eau, elle donne un savon 100 % biodégradable. Elle possède en outre deux avantages :

– Parce qu’elle ne détériore pas les matières grasses, elle permet de sélectionner des huiles de qualité. Par exemple, de l’huile d’olive bio extra-vierge de première pression à froid obtenue par des procédés mécaniques. Celle du savon 100 % olive des Affranchis. Le fameux savon qui n’existait pas, alors même que l’olive est le végétal le plus indiqué pour la peau. Ce n’est pas nous qui l’affirmons, mais l’état de l’art scientifique, auquel Franck et Frédéric se réfèrent de manière systématique. Leur huile, les Affranchis la font venir d’une coopérative familiale située au Portugal, avec laquelle ils sont engagés dans la durée.

– En SAF, on conserve la glycérine naturellement produite au cours de la fabrication. Hydratante et protectrice, cette dernière donne des savons très doux, adaptés à toutes les peaux, même les plus sensibles.

Le savon 100% huile d’olive bio était un challenge, les Affranchis l’ont relevé. C’est un produit unique qui lave, respecte et nourrit la peau. Il ne mousse pratiquement pas. Notons que ce n’est pas la mousse qui lave… Juste que les gens aiment quand ?a fait des bulles?! La savonnerie de Grenoble confectionne par conséquent d’autres savons, plus moussants, avec de l’huile de coco, de karité, ou encore de noix de Grenoble. Ils ont également mis au point un “savon douche” qui ne devrait pas trop perturber les habitudes des accros au gel du même nom. Sans toucher aux ingrédients du savon liquide, ils ont travaillé sur sa viscosité de manière purement mécanique, afin de créer de belles bulles, limite hypnotiques.

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Alors les gars, ?a fait quoi de s’affranchir d’un système ubuesque pour en revenir aux fondamentaux?? Incontestablement, du bien à l’ame mais pas forcément au compte en banque. Le modèle des Affranchis repose sur la création de valeur partagée, la quantification et l’intégration de l’impact de la production dans son co?t. Parce qu’ils ont déconstruit, il leur a fallu réinventer?: système de valeurs, labels, modèle économique, tout y est passé. Franck nous entraine dans la dialectique hégélienne du ma?tre et de l’esclave?: le ma?tre jouit de la consommation de manière immédiate et passive, tandis que l’esclave se réalise en transformant la nature. Ce faisant, il se transforme lui-même, jusqu’à atteindre l’autonomie. Les Affranchis ont choisi leur camp et la balle est dans le n?tre?: nous avons le choix de valider ou non un autre modèle, au moyen de notre meilleure carte à jouer (la bleue*).

CC

* L’autre est électorale…

Les savons des Affranchis sont disponibles dans les magasins Satoriz de Saint-Martin- d’Hères, Echirolles, Voiron, Crolles, Chambéry, Annecy, L’Isle-d’Abeau, Sallanches, Valence, Vaulx-en-Velin et Lyon-Caluire.

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